La guerre des nuages

Les indiens avaient la danse de la pluie, les scientifiques modernes ont la géo-ingénierie : faire de la pluie – et plus rarement le beau temps – en envoyant des cochonneries chimiques dans les nuages Sans surprise, les précurseurs de cette belle utopie sont des militaires.

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On n’en parle pas tous les jours sur le site de Météo France, et encore moins sur le site du ministère de l’Écologie, même si en prévision de la conférence sur le climat de décembre prochain, mais injecter des produits chimiques ou de l’eau dans les nuages, diminuer la grosseur des grêlons ou augmenter la quantité des précipitations sont des pratiques courantes. Aux Émirats arabes unis, à défaut d’importer des nuages, on a acheté les prouesses d’ingénieurs suisses de la société Meteo Systels International,  ceux qui ont sorti le WeatherTec, un gadget miracle capable de déclencher des pluies. Les Californiens pratiquent l’ensemencement – avec un résultat guère probable, à en juger par la météo de cet été…-, tout comme les Brésiliens, tandis qu’en l’Afrique du Sud on innove depuis 1999 avec le recours à des sels hygroscopiques… Quant à l’Agence météorologique chinoise, qui a vu le jour officiellement en l’an 2000, elle a notamment été chargée d’œuvrer à ce que le ciel soit dégagé lors de la cérémonie d’ouverture des J.O. de Pékin en 2008. Et elle emploie toujours 37 000 personnes, dont 10 000 sont chargées d’ensemencer les nuages en tirant des fusées ou des obus remplis d’iodure d’argent…

La paternité de cette trouvaille revient aux militaires. Comme pour Internet, ce sont eux qui ont mené la danse. Tirer dans les nuages a été de tout temps leur obsession. L’Armée rouge a développé dès les années 1930 un programme pour tenter de maîtriser la pluviométrie. De 1967 à 1972, pour casser le moral des Vietnamiens, l’Amérique n’a pas fait dans la dentelle. Des pilotes de l’US Air Force décollaient de la base d’Udorn, en Thaïlande. Aux commandes de leur C-123 Provideur (fournisseur) et de F-4 aux ailes camouflées, ces saboteurs qui agissaient sous les instructions de la CIA, injectaient de l’iodure d’argent dans les nuages. Au total, 2 300 missions-pluie ont été menées par l’escadron 54 de « reconnaissance météo » dans la plus grande discrétion au-dessus du champ de bataille. Nom de code : opération Popeye. Objectif ? Rendre impraticable la piste Hö Chi Minh, par où transitaient le matériel et la logistique pour ravitailler le Viêt-Cong au sud; provoquer de préférence des pluies torrentielles; prolonger de 30 à 45 jours la saison des moussons.

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Tout un programme que le New York Times met à sa « une » en juillet 1972, en titrant : « Faire pleuvoir comme arme de guerre ». La presse se déchaîne. Une sous-commission du Sénat est crée pour déterminer le degré d’efficacité des missions sur le plan opérationnel. Avec une augmentation des précipitations de 5%, on se demande alors si les 22 millions de dollars (de l’époque) investis en valaient la chandelle… Dès juillet 1973, les auditions éclaboussent le Pentagone et la Maison-Blanche. L’Amérique échappera à de justesse à un « Watergate de la météo », mais il lui faudra faire machine arrière.

Les sorciers modernes de l’atmosphère

Le scandale dépasse les frontières. La guerre météo figure à l’ordre du jour de l’assemblée générale des Nations-Unies dès 1974. Les diplomates se réveillent Grâce au feu vert concerté des délégations américaines et soviétiques, l’ONU présente un an plus tard un traité interdisant la modification environnementale à grande échelle en temps de guerre. C’est la convention ENMOD. Adoptée en 1977, entrée en vigueur l’année suivante, elle prescrit un catalogue de manipulations qui relèvent de la guerre climatique et/ou de la géo-ingénierie, dont l’ensemencement des nuages. Plus de 70 États signent et ratifient, des petits et des grands, les grandes puissances en tête, et beaucoup d’autres, y compris la Corée du Nord et la majorité des États de l’Union européenne. A une exception près : la France, qui ne juge pas opportun de se lier les mains. Trente sept ans plus tard, la diplomatie française a toujours la tête dans les nuages, et, pour des motifs qui échappent à beaucoup… même au sein de l’institution militaire, Paris n’a toujours pas adhéré au traité !

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Aussi longtemps que les artisans de la COP21 oublieront que les faiseurs de pluie sont d’abord en uniforme kaki, il faudra nous préparer à d’autres mésaventures, y compris au sale temps sur le site de la conférence de Paris-Le Bourget en décembre…

https://resistanceinventerre.wordpress.com/

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