Certaines émotions positives favorisent le bien-être physique

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INTERVIEW – Le Dr Martin Desseilles, psychiatre, auteur de Vivre mieux avec ses émotions (Éditions Odile Jacob), explique comment la vie émotionnelle peut déterminer la santé physique.

LE FIGARO. – Croyez-vous en la possibilité d’une bonne santé émotionnelle?

Dr Martin DESSEILLES. – Oui, et j’aime cette expression car elle évoque les interactions possibles entre la vie émotionnelle et la santé physique. On sait aujourd’hui, grâce à de nombreuses études, que certaines émotions, évidemment positives, favorisent le bon état corporel alors que d’autres, les ruminations de colère par exemple, sont capables, à long terme, de détruire celui-ci. La santé émotionnelle consiste donc à réguler ses humeurs, parfois en en intensifiant certaines parce qu’on en a besoin, d’autres fois en cherchant à en diminuer d’autres qui nous encombrent. Il s’agit alors d’un exercice plus subtil que de chercher simplement à les «maîtriser», «les gérer», ainsi qu’on peut l’entendre ici ou là, et qui revient trop souvent à vouloir les dompter comme un cheval sauvage.

En quoi consiste alors cette discipline que vous évoquez?

Il s’agit davantage d’être à l’écoute de nos émotions pour savoir quand et comment les utiliser. Pendant longtemps, on les a seulement considérées comme «perturbatrices». On a ainsi cru que la colère, la peur ou même l’enthousiasme pouvaient empêcher une bonne prise de décision. Or, au contraire, si on accepte d’écouter le message qu’elles portent, cela ne peut que nous aider. Par exemple, la rumination dépressive, si toxique pour l’individu, peut alerter le groupe qui a besoin de prendre conscience d’un dysfonctionnement. La colère nous informe que nous ne nous sentons pas respectés, et la joie que nous avons pris une bonne direction.

Il n’y aurait finalement, selon vous, que des émotions positives?

Je pense en effet qu’il n’y a pas de mauvaise émotion, mais seulement des normes qui peuvent varier d’une culture à l’autre et favorisent telle ou telle émotion eu égard à leur préférence. Ainsi, pour nous qui sommes individualistes, la colère peut être bien vue car elle est censée nous conforter dans notre accès à l’autonomie, à la singularité, et donc à la réussite personnelle. En revanche, en Asie, où l’on favorise avant tout l’attachement à la collectivité, la colère est déconsidérée. Et la honte est extrêmement favorisée parce qu’elle est en phase avec la norme. Plus intéressant est le lien entre l’effet d’une émotion et l’impact qu’elle a sur notre corps, ce qu’étudie aujourd’hui toute la médecine psychosomatique. Ainsi, la peur, qui relève de notre système d’alarme sophistiqué hérité de la préhistoire, permet à notre organisme de réagir vite à une menace ; le sucre libéré alors dans notre sang vient nourrir nos muscles, qui peuvent se contracter et nous permettre de courir… Ce système qui nous était utile pour l’urgence en ce temps-là n’a pas évolué à la même vitesse que notre environnement. Résultat, certaines personnes subissent une anxiété chronique qui est devenue tout aussi nuisible qu’inutile.

Comment s’en libérer?

La clé de l’équilibre émotionnel aujourd’hui, c’est la biodiversité émotionnelle. Éprouver autant d’émotions variées que possible. Nous pressentons d’ailleurs qu’il y a certainement plus d’émotions que de mots pour les décrire. D’où le réel engouement pour ce champ de recherche qui s’ouvre pour chacun.

Auteur Pascale Senk

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