Comment fonctionne réellement l’intuition ? Psychologue et chercheur se sont penchés sur le phénomène

Intuition : le cerveau en roue libreEn complément de la pensée analytique qui accumule les arguments pour construire un raisonnement, l’intuition jaillit, aidant souvent à prendre une décision. Ce mécanisme inconscient est devenu un objet de recherche pour les neuroscientifiques.

« L’intuition est souvent vue comme le fait d’atteindre des solutions de manière directe, sans l’intervention d’un raisonnement logique et analytique », confirme Janet Metcalf, responsable du Laboratoire métacognition et mémoire à l’université Columbia (New York, États-Unis). Alors que la pensée analytique procède par étapes, accumulant les arguments pour construire un raisonnement, l’intuition, elle, surgit, provoquant une grande émotion. Ce qui induit qu’il existerait plusieurs façons de prendre des décisions, de trouver des solutions.
L’intuition est l’intelligence qui a commis un excès de vitesse » – Henry Bernstein

Pour l’illustrer, Daniel Goleman, psychologue américain auteur de L’Intelligence émotionnelle, file une autre métaphore.

Nous aurions deux « routes » cérébrales, la « route haute » qui passe par des systèmes neuraux travaillant « étape par étape et non sans effort », et la « route basse », « un circuit qui opère à notre insu, automatiquement et sans effort, à une vitesse incroyable ».

Celle-ci emprunte des circuits neuraux qui traversent le tronc cérébral, l’amygdale et d’autres structures automatiques d’importance majeure telles que le cortex cingulaire antérieur, le cortex ventromédian et le cortex orbitofrontal. Elle permet à l’individu de se faire en un éclair une opinion sur une situation donnée, ce qu’on appelle communément la « première impression ». « L’intuition est une forme d’intelligence qui s’adapte très vite à un environnement mouvant, définit à son tour Christophe Haag, chercheur en psychologie sociale à l’EMLyon.

Comme disait le dramaturge Henry Bernstein “l’intuition est l’intelligence qui a commis un excès de vitesse”. »
Elle permet de réagir vite, dans les situations où la réflexion est impossible. Pour cela, le cerveau pratique en quelques secondes un « balayage superficiel ». « C’est une sorte de “scan” de la situation qui permet de synthétiser des informations à partir de bribes d’informations sensorielles, définit Christophe Haag.

Derrière, elle propose un choix. » C’est exactement ce que nous faisons lorsque nous rencontrons une personne pour la première fois en collectant un maximum d’indices en un minimum de temps pour nous faire une première opinion. Et cela semble efficace !

Les premières impressions sont souvent pertinentes

Une étude de Samuel Gosling, du département de psychologie de l’université du Texas à Austin (États-Unis), publiée en 2002 le démontre. Le chercheur fait visiter à des volontaires des chambres d’étudiant pendant quelques minutes avant de leur demander de répondre à un test visant à cerner les principaux traits de caractère de l’occupant. En quelques secondes, les participants décrivent des personnalités proches du réel. « Nos observations suggèrent qu’une personne qui a examiné brièvement un environnement forme des impressions qui concordent de manière remarquable avec celles des autres. Et ces impressions sont souvent pertinentes », concluent les auteurs. En revanche, « si les volontaires ont de longues minutes pour réfléchir et délibérer, on observe qu’ils se trompent plus souvent ».

« Le diable est dans la délibération ! », clame ainsi un article de Loran Nordgren, de la Kellogg School of Management (Chicago, États-Unis) qui rapporte une étude consistant cette fois à demander à deux groupes d’étudiants de goûter et noter à l’aveugle différentes confitures. Si le premier groupe devait juste indiquer sa première impression, le second devait argumenter ses choix. Quarante minutes plus tard, l’expérience a été réitérée. Et, surprise, ceux qui avaient pris le plus de temps pour argumenter leur choix modifièrent davantage leur classement que les autres. « La délibération introduit du “bruit” dans le processus de prise de décision. D’une certaine façon, trop réfléchir nous éloigne de nos vraies préférences », commente le chercheur.

Des décisions intuitives fondées sur l’expérience

Comment fonctionne cette intelligence rapide, cette connaissance inconsciente ? La réponse pourrait bien venir du Riken Brain Science Institute à Tokyo (Japon) qui a observé le cerveau des joueurs de shogi (échecs japonais). Les chercheurs ont découvert que celui des joueurs qui « intuite » active deux zones, impliquées dans la cartographie et dans la mémoire.

« L’intuition a donc deux moteurs, analyse Christophe Haag. Le premier, lié à l’expertise, se met en route lorsqu’on se retrouve dans une situation archiconnue, où l’on a cent fois sur le métier remis son ouvrage. Quand l’expertise est en panne, que l’on se retrouve dans une situation inédite, le second moteur lié à la mémoire (souvent émotionnelle) se met en marche. Il fouille alors à toute vitesse dans le catalogue des souvenirs personnels à la recherche d’un événement “proxi” c’est-à-dire assez proche en termes de contexte de la situation que vous vivez présentement. »

C’est exactement ce que l’équipe de Christophe Haag a constaté lors d’une étude de terrain, publiée dans European Management (2011), menée auprès de réalisateurs de cinéma dans des périodes tendues de tournage. « En situation d’urgence, les décideurs prennent des décisions intuitives qui reposent sur leur expertise ou sur des expériences émotionnelles antérieures, ou sur des émotions immédiates lorsque la situation n’est pas familière. » Le chercheur expose ainsi le cas de Jeremy, un réalisateur américain, face à une actrice démissionnaire qui met en péril la production. Pris de court, il se met à intimider la jeune femme jusqu’à ce qu’elle cède. « Il a choisi cette tactique de “gros bras” sans prendre en considération d’autres options, car la menace avait réactivé chez lui une expérience émotionnelle antérieure. » Elle l’avait en effet brusquement ramené à son adolescence lorsque, membre d’un gang à Los Angeles, il s’était fait kidnapper et s’en était sorti indemne en agressant ses agresseurs. « Comme lui, face à une situation inédite, nous faisons appel à nos souvenirs émotionnels, enregistrés dans la base mémorielle. Et nous appliquons aussitôt une solution qui a fonctionné par le passé dans une situation proche. »

Des procédés inconscients de plus en plus valorisés

Difficile cependant d’appliquer ce principe à tout type de décision ! C’est du moins ce que montre le psychologue Christopher Chabris, auteur du Gorille invisible, qui alerte sur une confiance aveugle dans nos intuitions qui peuvent aussi nous tromper. « Il n’y a pas d’intuition absolue, reconnaît Christophe Haag. Mais les études s’accordent à dire que dans une situation critique, la prise de décision sur des bases intuitives est plus fiable que la prise de décision rationnelle, analytique. » Ces procédés inconscients, de mieux en mieux connus, sont valorisés et même recommandés dans la société moderne. Les livres sur le sujet fleurissent et des « écoles de l’intuition » voient le jour pour apprendre à l’améliorer. Les chercheurs eux-mêmes s’y fient souvent : « Je ne prends jamais un crayon en réunion, pour laisser mon inconscient faire des associations. J’ai confiance. Et la solution surgit », raconte ainsi Rand Hindi, jeune génie de l’intelligence artificielle fondateur de la start-up Snips. John Kounios renchérit : « J’écoute mon ventre. Il me dit quand quelque chose ne va pas. C’est un don très sûr. » Christophe Haag se plonge, lui, dans un bain chaud ou va marcher : « Le tri se fait tout seul dans mon esprit, les idées s’ordonnent. » Neuf décisions sur dix sont prises sur une base intuitive ! estime même le psychologue américain Gary Klein, pionnier dans les études sur les mécanismes de prise de décision. Et 82 prix Nobel sur 93 ont reconnu que leurs découvertes avaient été faites grâce à l’intuition, tout comme 53,6 % des chefs d’entreprise admettent prendre ainsi leurs décisions.

Un programme pour tester l’intuition des militaires

Ces derniers ne sont désormais plus les seuls à faire leur coming out intuitif. La marine américaine a lancé en 2013 un programme (Enhancing Intuitive Decision making through implicit learning) dirigé par une neuroscientifique pour thttp://www.neotrouve.com/wp-admin/admin.php?page=simple-press/sp-startup/sp-load-install.phpester la capacité des militaires à améliorer leur capacité intuitive en mission. L’idée venait en grande partie des témoignages de soldats basés en Irak et en Afghanistan qui ont rapporté des sensations inexpliquées de danger imminent juste avant de tomber dans une embuscade. L’intuition, la nouvelle arme du soldat ?

http://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/20160129.OBS3618/intuition-le-cerveau-en-roue-libre.html

En savoir plus sur http://www.neotrouve.com/?p=8507#IKeBqOCymYG6e04s.99

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